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© Richard Gonzalez

Bourgoin-Jallieu, ville de belle étoffe

Témoin d’une industrie textile jadis florissante, le Musée de Bourgoin-Jallieu révèle un patrimoine technique impressionnant. À côté de machines à tisser aux allures de navires et d’une abondante iconographie, le visiteur découvre une magnifique collection de costumes et d’étoffes, dont certaines signées Hermès. Entre savoir-faire historique et innovation, le musée propose un regard dynamique sur cette épopée. À suivre fil à fil…

Tissage, tricotage, impression : les usines textiles ont longtemps marqué le paysage économique de la région de Bourgoin-Jallieu.

Au début des années 1930, on comptait plus de 2350 personnes employées dans 42 usines et ateliers. Huit entreprises occupaient même plus d’une centaine d’ouvriers. Tissage de laine, de coton et de taffetas, mais surtout de soie, dont on expédiait les produits à Lyon et à Paris. Même après la mécanisation, quand la production quotidienne de soie imprimée atteignait 6000 mètres, certaines usines ont poursuivi le travail à la main, garant d’une précision et d’une esthétique supérieures.

Une industrie au cœur de la vie locale

L’histoire industrielle de Bourgoin-Jallieu compte des noms qui ont laissé une empreinte durable à travers la ville : les manufactures Brunet-Lecomte et Favre-Dolbeau, spécialisées dans la gravure des planches et l’ennoblissement, les établissements Diederichs, constructeurs de métiers à tisser, la manufacture d’impression Mermoz, l’usine-pensionnat Schwarzenbach, qui fabriquait des tissus…

Hermès à Bourgoin

Dans ce vaste mouvement de désindustrialisation, une manufacture fait figure d’exception : Marcel Gandit, aujourd’hui leader de la gravure textile de luxe.
Déployant un savoir-faire de très haut niveau, elle a su séduire, après la Seconde Guerre mondiale, la prestigieuse maison Hermès pour la confection des fameux carrés de soie. L’extrême minutie de ses dessinateurs experts, sa technique de décomposition des motifs et la fabrication des cadres pour l’impression sur table font des établissements Marcel Gandit un pilier stratégique pour Hermès dont elle est désormais une filiale.

La réussite de l’entreprise berjallienne, qui emploie une quarantaine de personnes, incarne la résilience de l’industrie textile rhônalpine, fût-ce dans un mouchoir de poche.

 

Savoir-faire d'excellence

Un musée « à la mode »

Créé en 1929 par le peintre local Victor Charreton à la demande du maire de l’époque, le Musée de Bourgoin-Jallieu fut d’abord dédié aux artistes contemporains. Repensé en 1995, il s’est donné pour mission de restituer au grand public l’aventure technique et industrielle du territoire et de ses habitants. Dès la première salle, l’œil est immédiatement happé par des robes en taffetas de soie chiné à la branche, ou en cotonnades imprimées de motifs chatoyants. Issues des collections du musée ou confiées par des collectionneurs ou d’autres musées, certaines d’entre elles datent du XVIIIe siècle.

Démonstrations de tissage

Registres d’empreintes, tissage du fil de soie, peignes à carder et autres rouets à chanvre… L’immersion dans l’histoire textile est totale. Dans la chapelle antonine du XVIe siècle trône une impressionnante fabrique lyonnaise de soieries.

Nous travaillons avec un gareur, qui vient ici régulièrement pour entretenir les métiers à tisser et la mécanique »,

dévoile Agnès Félard, responsable des collections du Musée de Bourgoin-Jallieu. Musée vivant, donc, d’autant plus humanisé que des tisseurs viennent aussi faire des démonstrations un week-end par mois.

Et l’on se pince devant l’architecture baroque des machines Diederichs, qui ressemblent à des pianos géants mis à nu. Quelles mélodies les ouvriers devaient-ils supporter à longueur de journée ?

 

Ennoblissement

Le visiteur poursuit sa déambulation entre des murs couverts d’illustrations d’époque : ouvriers et ouvrières dans leurs gestes au travail, portraits des industriels ayant modelé la ville, motifs au gré des modes des deux derniers siècles…

Ces images alternent avec des tissus ennoblis, des carrés Hermès parmi les plus célèbres, inspirés notamment par la nature et la chasse, des indiennes rutilantes aux motifs orientaux réinterprétés selon le goût européen.

Un musée qui fait impression

Dans une autre salle à l’étage, nous sommes accueillis par une somptueuse garniture de lit façon toile de Jouy. Le luxe d’un côté, de l’autre le labeur. Un atelier d’impressions dévoile les deux techniques, à la planche, appelée aussi poirier, et au cadre, dite « à la lyonnaise ». Dans un décor rappelant une cuisine ancienne, les outils, les couleurs et les cadres sont encore en place, comme si l’imprimeur n’avait pas eu le temps d’achever son travail. Chassé de son atelier par la modernisation de la production et la baisse généralisée de la consommation.

Entretien avec Agnès Félard, responsable des collections et régisseuse des expositions du Musée de Bourgoin-Jallieu

© Richard Gonzalez

Comment Bourgoin-Jallieu s’est-elle imposée capitale iséroise du textile ?

Les premières manufactures de toiles peintes se sont installées à Jallieu en 1788, mais il faut savoir que le Dauphiné tout entier est une région historique pour la culture et le tissage du chanvre, dès le Moyen Âge. Suite au développement de la soierie lyonnaise, ce savoir-faire s’implante dans la région berjallienne à la faveur de trois facteurs : l’eau, très présente, l’énergie hydroélectrique et une main-d’œuvre abondante, rurale et donc peu chère.
Chaque manufacture avait ses ateliers de graveurs. Des paysans complétaient aussi leurs revenus l’hiver en travaillant la gravure et la séparation des couleurs. Après la révolte des canuts, les industriels ont décidé de délocaliser la production lyonnaise pour créer des usines-pensionnats ici. L’ennoblissement constitue l’un des savoir-faire les plus précieux de Bourgoin-Jallieu.

Les plus beaux tissus de la soierie lyonnaise étaient ici conçus, ébauchés et « ennoblis », c’est-à-dire blanchis, imprimés dans les moindres détails puis apprêtés pour des effets moirés ou satinés.

Il semblerait que l’on continue de découvrir les richesses de la production de l’époque…

Oui, et la réserve du musée conserve encore des trésors, bien gardés ! Nous les présentons au public par des renouvellements d’accrochage du parcours permanent et au gré des expositions temporaires. Un travail d’inventaire du fonds textile est toujours en cours. Des ingénieurs ont parfois aussi accès à notre réserve, des étudiants également pour leurs travaux de recherche, sur les techniques déployées ou sur l’évolution des motifs dans la mode.

Au total, le musée a inventorié plus de 11 500 objets. Ce travail est nécessaire pour connaître les différents fonds afin de les présenter et de les diffuser. Et il est loin d’être achevé !

En pratique

musée de Bourgoin Jallieu
17, Rue Victor Hugo
38300 Bourgoin-Jallieu
Téléphone : 04 74 28 19 74
musee.bourgoinjallieu.fr
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