Ophélie Carpentier, l’art d’être bergère
« Il y a une philosophie à être berger. Il faut être de bonne condition mentale pour éviter la mélancolie. »
Vous la reverrez peut-être cet été, en suivant le GR 50 qui passe dans la montagne au-dessus du village de Lavaldens, dans le massif du Taillefer. Ophélie Carpentier a appris ici son métier de bergère d’estive, guidée par l’amour des paysages et les sensations qu’offrent la nature et les animaux.
Elle nous ouvre quelques pages de son carnet pastoral qu’elle aime partager avec les randonneurs.
Les journées passent vite, mais l’été s’étire au rythme des bêtes et de la météo. La notion de temps, ici dans la montagne, est distordue. C’est beaucoup d’attente. Quand on est là, on cogite, sur sa vie, sur ce qu’on fait, et l’état d’esprit est différent d’un jour à l’autre. Il y a une philosophie à être berger. Il faut être de bonne condition mentale pour éviter la mélancolie.
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Comprendre le paysage
Diplômée des beaux-arts d’Annecy, Ophélie Carpentier a appris à « penser l’espace » et spécialement l’univers montagnard avant d’intégrer l’École nationale supérieure de paysage de Versailles. Comprendre le paysage, savoir le lire et l’interpréter, c’était un projet cher au cœur de cette jeune femme qui a grandi à Bondeval, un petit village de l’est de la France.
Elle partage désormais son temps entre les Alpes et une forêt littorale de Guyane, où elle promeut l’art local à travers l’association Chercheurs d’art, fondée par des artistes et des scientifiques.
Un métier qui ouvre l’esprit
Son propre regard d’artiste l’emmène régulièrement sur de nouveaux chemins. Durant sept mois, en 2024, elle suit une formation de berger-vacher transhumant : « Un métier qui entretient et fait vivre les paysages de montagne. » Dans la foulée, elle débarque ici pour un stage dans les pâturages du Pré-Clos, perchés à 1 500 mètres d’altitude au-dessus de la vallée de la Roizonne.
J’ai rencontré un berger, le seul qui vivait ici, alors qu’il travaillait pour un double poste, à la dure. J’étais curieuse de mettre un pied dans ce monde, physiquement intense, mais qui ouvre l’esprit.
Un métier exigeant aussi
Si le cadre est idyllique, le métier n’est pas de tout repos.
Il faut savoir calmer, guider et maitriser les brebis d’un versant à l’autre dans des pentes souvent fortes, affronter des orages violents et difficiles à prévoir.
Contourner aussi les ravins où parfois un animal se blesse, soigner les piqûres d’insecte et les morsures de serpent… et répondre aux questions des randonneurs du GR 50 qui traverse ces prairies.
Sensibiliser à la réalité du loup
Le loup surgit souvent dans les conversations. Un sujet « assez clivant », pour Ophélie, qui précise que tous les éleveurs ne sont pas contre sa présence. La bergère confie cependant son inquiétude : « Même si on ne se couche pas tous les soirs en pensant à lui, on ressent parfois sa présence, de manière indicible. Notre rôle est de faire que le loup s’intéresse le moins possible aux troupeaux, même si on doit gérer aussi une certaine fatalité. On ne peut pas tout maîtriser dans le milieu montagnard. »
Loin des stéréotypes
La pédagogie est nécessaire pour rassurer aussi les usagers de la montagne face aux chiens. On est tout le temps sur place. Les nôtres ne sont pas agressifs et n’entrent pas en contact avec les promeneurs. Il est important pour ces personnes de savoir.
Comprendre la vie de bergère
Éric, le propriétaire et gardien du refuge Rivobruenti proche, lui envoie parfois des touristes curieux de voir les animaux et de comprendre la vie de bergère. « Ils découvrent que ce métier est très loin des stéréotypes qu’on véhicule encore. »
À mille lieues des images de carte postale, mais dans une ambiance propice à l’écriture. Ophélie consigne chaque soir ses impressions de gardienne de troupeau dans des carnets. « Des sentiments, des sensations révélatrices de quelque chose à un instant T. Il m’a paru important de faire parler l’estive dans un journal. »
La bergère est une artiste.