L’Isère, terre d’accueil et d’hospitalité
À l’écart des flux du tourisme de masse, l’Isère, riche de ses grands espaces de nature préservée, cultive une longue tradition d’accueil et d’hospitalité. L’Isère a aussi été, aux heures les plus sombres de l’histoire, un refuge pour beaucoup de peuples opprimés.
Vallée de la Lignarre
L’hospitalité au cœur
Au carrefour de l’Italie et de la vallée du Rhône, au cœur des Alpes, l’Isère a toujours vu défiler les pèlerins, commerçants et voyageurs venus de toute l’Europe. À l’heure où il fallait braver à pied les cols escarpés et de rudes conditions météorologiques, les habitants, relais de poste ou monastères n’hésitaient pas à offrir un lit, un repas chaud, voire des soins aux hôtes de passage en échange de quelques pièces ou de simples nouvelles du monde.
Dans les hautes vallées de l’Oisans, les colporteurs trouvaient ainsi toujours portes ouvertes, car bien plus que les marchandises qu’ils proposaient dans leurs sacoches, ils contribuaient à l’animation des villages isolés et à la diffusion des nouvelles lointaines.
L’Isère a aussi bien souvent servi de refuge : les protestants pendant les guerres de Religion au XVIIe siècle, les Russes dans la vallée de la Romanche dans les années 1920, les Juifs et les résistants pendant la Seconde Guerre mondiale, les Arméniens rescapés du génocide, à Vienne…
Un ange à la porte
L’hospitalité n’est pas toujours sans risques. En période de guerre, sous l’Occupation, il fallait du courage pour cacher sous son toit des résistants ou des Juifs.
la chanteuse Barbara n’oublia jamais la petite ville de Saint-Marcellin où elle et sa famille trouvèrent un peu de répit, entre 1943 et 1945. L’adolescente de 15 ans prenait des cours de piano chez Marcelle Bossan et se plaisait à pousser la chansonnette, le soir, au restaurant Savoyet Serve.
J’ai mis mon dos nu à l’écorce, l’arbre m’a redonné des forcesTout comme au temps de mon enfanceEt longtemps j’ai fermé les yeux, je crois que j’ai prié un peuJe retrouvais mon innocence
Des années plus tard, en 1966, elle voulut revoir « la maison fleurie sous les roses », louée par ses parents à un cordonnier-chausseur, retrouva « le parfum lourd des sauges rouges » et « les noix fraîches de septembre ». Et elle en fit cette chanson belle et déchirante, Mon enfance.
À la fin des années 1990, en hommage à l’artiste, la ville de Saint-Marcellin a donné son nom à l’un de ses squares et à un festival de chanson française.
Les justes de Prélenfrey
Après avoir servi de havre aux enfants fragiles des villes au début du XXe siècle (qui venaient trouver un air plus sain en montagne), le plateau du Vercors vit également affluer les exilés polonais ou juifs durant ces années noires. Au pied de ses falaises, à 950 mètres d’altitude, le petit village de Prélenfrey est connu comme le « village des Justes », pour avoir caché dans son préventorium des Tilleuls 35 enfants en parfaite santé, parmi ses petits pensionnaires prétuberculeux.
Le sang-froid de l’infirmière Anne Wahl (qui découragea la police allemande de fouiller les lieux en lui faisant craindre la contagion) comme le silence des villageois ont sauvé la vie à une bonne cinquantaine d’enfants et d’adultes.
Prélenfrey
Le père de Georges Perec étant mort sur le front, sa mère Cécile venait cette année-là d’expédier son jeune fils de 5 ans non loin de là, à Villard-de-Lans, une station climatique réputée. Déportée à Auschwitz trois ans plus tard, elle ne revint jamais le chercher… Dans son roman autobiographique, W ou le souvenir d’enfance, l’écrivain évoque la succession des saisons et des jours « sans commencement ni fin », où « l’on faisait du ski ou les foins ». L’auteur de Je me souviens se remémorera aussi la fierté éprouvée quand il comprit après coup qu’il avait ravitaillé les maquisards, sous prétexte d’une balade dans la forêt avec ses jeunes camarades.