Laurent Prunier, l’intelligence artisanale
Redonner vie à un meuble grâce à l’IA pour « intelligence artisanale »
atipik-fabrik.frDerrière l’immense porte rouge de son atelier des anciennes tanneries de Pont-Évêque, Laurent Prunier redonne vie aux meubles oubliés.
Restauration, création sur mesure, agencement… ce maître-artisan transforme chiffonniers poussiéreux et bois bruts en pièces uniques, grâce à ce qu’il appelle joliment « l’intelligence artisanale ».
Portrait d’un ébéniste passionné, entre amour du bois et sens du beau.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » pourrait être la devise du maître-artisan Laurent Prunier qui, dans son atelier, redonne vie à des meubles anciens, transfigure de simples bouts de bois en œuvres d’art et fait naître toute sorte de mobilier d’un dessin.
Derrière l’immense porte en fer rouge de l’atelier de Laurent Prunier, implanté au sein des anciennes tanneries de Pont-Évêque, se cache une véritable caverne d’Ali Baba.
Chiffonniers, vaisseliers, vieilles radios, horloges, tables et chaises… sont entassés dans un joyeux désordre.
Le regard furète à la recherche d’un trésor, quand l’ébéniste sort une magnifique table de jeu de derrière une enfilade de meubles poussiéreux. Elle est la parfaite illustration de ce qu’il aime faire : redonner vie à un meuble grâce à l’IA pour « intelligence artisanale ».
Tout en dépliant la table portefeuille et en faisant la démonstration du plateau tournant, il décrit les étapes de la restauration : « On commence toujours par démonter le meuble. Puis, on le décape au sable fin, on le nettoie et on le répare. Il faut parfois refaire les coulisses d’un tiroir, changer une serrure, remettre une vitre…
Enfin, on procède à la finition. Aujourd’hui, on fait surtout du vernis « bois brut », mais on peut aussi laquer ou cirer. » Son explication éveille la curiosité : on prête davantage attention aux veinures d’un bahut, on se surprend à caresser le plateau d’une table en cours d’égrenage, on s’imprègne plus intensément de l’odeur de bois et de vernis qui emplit l’atelier…
Par amour du bois…
Laurent, maître-artisan, doit son amour du bois à sa grand-mère.
Lorsqu’il lui rendait visite, elle l’emmenait chez le menuisier pour récupérer quelques chutes de bois. Ensuite, elle le faisait monter dans sa 2 CV pour se rendre à Grenoble, où elle lui achetait une glace… et des clous !
À leur retour, Laurent s’installait dans sa petite cabane à outils et y bricolait pendant des heures ! Si être ébéniste a toujours été son rêve, il a pourtant débuté sa carrière dans l’informatique. Quand son entreprise a été rachetée, il a saisi l’opportunité d’une reconversion.
Il a passé un CAP d’ébéniste, puis un Certificat de qualification professionnelle (CQP) de vernisseur, désireux de fabriquer des meubles de A à Z et de proposer de belles finitions. En 1998, il ouvre son atelier à L’Isle d’Abeau, où il est resté jusqu’à son déménagement aux tanneries en 2020.
Laurent Prunier
S’il a fait beaucoup de rénovations de meubles anciens et de relooking de cuisine à ses débuts, il s’est peu à peu réorienté vers la conception et l’agencement.
Ainsi, depuis 2015 , il répond à de nombreuses commandes sur mesure, émanant de professionnels et de particuliers. Pour preuves, les esquisses d’une bibliothèque et d’une cave sur son établi. Ce qui ne l’empêche pas, en parallèle, de créer et de restaurer des pièces singulières, qui sont pour lui l’occasion d’explorer d’autres techniques, comme la résine époxy.
Parmi ses dernières créations : un meuble boîtes aux lettres transformé en meuble CD et une table basse en orme massif avec pied en métal made in France.
… et du beau
Artisan dans l’âme, Laurent n’en est pas moins commerçant. Lorsqu’il s’est lancé, il a tenu une petite vitrine à Vienne pendant 3 ans pour se faire connaître. Une expérience qu’il a poursuivie de 2015 à 2018, avec le collectif A4 Fabric Arts qu’il formait avec un autre ébéniste, un tapissier et un métallier-tailleur de pierre.
« Nous avons exposé de nombreux artisans : des bijoutiers, des céramistes, des peintres, des couturiers… Mais nous étions trop en avance sur notre temps. C’est aujourd’hui que les boutiques de créateurs ont le vent en poupe. »
Cependant, il a perpétué ce goût des belles choses avec une enseigne de décoration, L’Atipik Fabrik, qu’il a tenue avec sa femme jusqu’en 2022. Aujourd’hui, il préfère montrer son travail sur les brocantes… Là même où il trouve une partie de sa matière première !