Arcabas, la spiritualité au sommet de son art
Mis à l’honneur dans le cadre de l’année du centenaire de sa naissance, Arcabas fait l’objet de deux expositions majeures cette année, aux musées Hébert et de la Grande Chartreuse. L’occasion de (re) découvrir ce peintre qui a révolutionné l’art sacré au sein d’un ensemble monumental de 111 de ses œuvres, à Saint-Hugues-de-Chartreuse, au musée Arcabas en Chartreuse, l’un des 11 musées du Département de l’Isère.
Le hameau de Saint-Hugues ressemble à ces riants villages de montagne, cerné de forêts, de prairies et de sommets coniques, où la vie s’écoule doucement au rythme des saisons. En son cœur, une petite église néo-romane semble prendre appui sur une haute colonne reptilienne, formée d’inégales écailles de bois.
Un escalier vers le ciel ? L’œuvre d’un artiste contemporain, Simon Augade, qui nous met la puce à l’oreille : l’église a transcendé sa vocation de lieu de culte pour se bâtir un destin atypique.
Fondement(s)
On ouvre, le cœur fervent, la lourde porte des Anges cloutée de laiton et c’est tout un univers de couleurs chaleureuses, de tableaux d’ocre, de vitraux dorés et d’installations variées qui nous prend dans ses bras consolants.
Une créativité foisonnante
L’ampleur de l’ambition esthétique à l’intérieur détonne avec la modestie architecturale de l’édifice. Jusqu’à sa mort en 2018, Jean-Marie Pirot, dit Arcabas, a investi quarante ans de sa vie dans cette église, qui rassemble plusieurs périodes de sa créativité foisonnante. Un artiste facétieux, c’est-à-dire à multiples facettes : il ne s’est pas contenté d’accrocher ses toiles comme dans une galerie, il a aussi transformé les lieux, cherchant à nuancer sa lumière, à prolonger ses volumes, à exalter les couleurs. Sans trahir la solennité des lieux.
L’œuvre totale d’un artiste multiple
Et faire vibrer le visiteur, qui n’est plus un simple spectateur. On s’immerge ici dans une œuvre totale, réalisée sur trois périodes correspondant à trois visions artistiques successives d’un même artiste. Lorsqu’il s’aventure au début des années 1950 dans cette église pour participer à sa rénovation, le jeune professeur à l’École des arts décoratifs de Grenoble intervient sur les vitraux qu’il colore de jaune pour apporter une nuance chaleureuse. Il va barder l’église d’une série de larges panneaux de toile de jute sobrement teintés d’ocre, de rouge, de noir et de blanc.
Un ange de deux mètres de haut
Réalisées sur 144 m2 de jute à partir de jaune d’œuf, d’huile, de miel et de pigments rudimentaires, ces toiles représentent dans le chœur la vie divine, dans la nef la vie terrestre, de la naissance à la mort. L’autel qu’il a sculpté dans le marbre de Russie, symbolisant l’Ancien et le Nouveau Testament, puis cet Ange au tabernacle, deux mètres de haut en pierre de Verger, devaient signer la fin de son travail. L’ange a replié ses ailes, Arcabas s’en va enseigner au Canada.
Ange au tabernacle
Couronnement d’un peintre
Mais la Chartreuse lui a donné un goût de revenez-y. De retour dans la région dans les années 1970, le peintre souhaite compléter son œuvre, qu’il juge « austère ». De l’autre côté de l’Atlantique, le peintre s’est forgé à de nouvelles techniques, il a étendu son vocabulaire chromatique et le fait savoir. Il surmonte d’abord ses premières toiles d’une série de tableaux abstraits. Ce nouveau bandeau, qu’il surnomme Le Couronnement, laisse au visiteur la liberté d’imaginer ce qu’il veut entrevoir. Cette série échappe à l’illustration des textes bibliques : Arcabas cherche désormais à faire de la spiritualité un matériau pour un nouveau langage artistique.
Entre foi et incertitude
Lorsqu’il s’interroge sur la pérennité de son œuvre et sa conservation post-mortem, le Département de l’Isère accepte d’en être le donataire. En 1984, la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse décide de lui céder l’espace de l’église, qui restera consacrée pour les riverains. Il a alors l’idée de rajouter un troisième bandeau de 53 toiles, La Prédelle, installée à hauteur d’œil.
C’est l’ultime cycle pictural d’Arcabas. De l’Ange dubitatif aux Femmes au tombeau, et jusqu’à La Mort, cette série ressemble à un cheminement intérieur.
Le doute, l’épreuve puis l’espérance de la résurrection, symbolisée par un chardonneret posé sur un cercueil entrouvert, n’énoncent pas des vérités religieuses, mais plutôt des moments vécus par des personnages en interrogation permanente. La foi peut aussi se draper d’incertitude.
L'ange dubitatif
Dialogue vivant
On ne quitte pas le musée Arcabas sans s’interroger non plus sur le sens de certaines œuvres, telles que le tétramorphe gravé sur les dalles devant l’autel, la gravure sur bois du Couronnement de la Vierge, ou encore ce crâne d’Adam doré suspendu devant les vitraux du Golgotha. Cette mise en scène joue aussi sur les déplacements du visiteur : à l’univers souvent figé des églises, le musée Arcabas oppose une théâtralité mouvante, faite d’ombres et de lumières versatiles, de formes fluides et d’effigies changeantes, qui semblent toutes dialoguer entre elles. La vie, toujours, au-delà du silence des pierres.
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En pratique
Musée ArcabasEglise de Saint-Hugues-de-Chartreuse
17 place Arcabas
38380 Saint-Pierre-de-Chartreuse voir le site web