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BLUE MAMA, portrait de l'artiste qui fait voler ses rêves
Dans son atelier niché au cœur de Grenoble, Patricia Pinzuti-Gintz fait danser ses doigts sur des voiles de tulle et d’organza.
L’espace, habituellement peuplé de tableaux monochromes et de mannequins silencieux, s’est métamorphosé en un cocon où naît une créature aérienne : Blue Mama, une œuvre destinée à prendre son envol lors de la Coupe Icare.
Originaire de Corse, et installée en Isère depuis 3 décennies, Patricia est une artiste aux multiples facettes, au regard pétillant. Son œuvre n’a jamais cessé de tisser des liens entre terre et ciel, entre matière et rêve.
Le parcours de Patricia ressemble à une tapisserie complexe où s’entremêlent les fils de différentes disciplines artistiques.
Formée au Conservatoire National de Région de Grenoble en Art Dramatique, elle a d’abord exploré les planches avant de se tourner vers l’aiguille et le fil. Son apprentissage auprès d’une petite-main de la maison Balmain lui a ouvert les portes du monde de la haute couture, où elle a exercé comme styliste indépendante pendant une décennie.
Place aux rêves
Maintenant, dans son atelier isérois, les journées s’écoulent au rythme des essais et des ajustements.
Pour accueillir l’aérienne structure qui se déploie peu à peu, l’artiste a poussé le long des murs ses tables à dessins, chevalets, mannequins et multiples tableaux. Ici et là, ses huiles et encres (majoritairement monochromes) posent leur regards bienveillants sur sa création en cours.
BLUE MAMA est née d’une rencontre improbable : celle de l’artiste qui craint les hauteurs avec l’univers du vol libre. Une alliance qui prend tout son sens quand on découvre l’inspiration derrière cette création éthérée : l’apron, un petit poisson d’eau douce menacé de disparition, aux nageoires translucides et aux grands yeux dorés.
« BLUE MAMA est l’ange gardien de ce petit être vulnérable », explique-t-elle, ses mains caressant les tissus vaporeux qui composent son œuvre.
La création de BLUE MAMA l’a poussée hors de sa zone de confort, l’emmenant dans des aventures inattendues : « Je me suis retrouvée à faire des tests avec un mât de planche à voile dans un champ de betteraves, à simuler la vitesse du vent à 32 km/h avec ma voiture », raconte-t-elle en riant.
« L’idée de voir voler une de mes créations a été plus forte que tout, même que ma peur du vide ».
Patricia Pinzuti-Gintz Artiste
La minutie d’un maître-artisan, la sensibilité d’une artiste
Cette quête de la perfection aérodynamique l’a conduite jusqu’à Aix-en-Provence, où elle a collaboré avec Alban, spécialiste des voiles de parapente.
Chaque détail compte : les baleines initialement prévues ont été abandonnées car trop lourdes, les tissus choisis pour leur légèreté autant que pour leur beauté. « Je compose avec la lumière et l’air, je crée pour et avec le vent. Et c’est cela qui est grand » explique-t-elle.
L’art de Patricia puise sa force dans ce qu’elle nomme « la nostalgie de l’enfance, l’infini de la féminité et l’immémorial des rites collectifs ».
Ses créations jouent constamment avec la frontière entre le visible et l’invisible, le tangible et l’évanescent.
Quand on lui demande ce qui la pousse à se réinventer sans cesse, Patricia évoque la magie de la transformation : « L’art doit raconter quelque chose de très personnel pour aller vers l’universel et habiter le monde».
Cette philosophie se reflète dans chaque pli de BLUE MAMA, dans chaque couture minutieusement travaillée.
Dans le ciel isérois, BLUE MAMA incarne cette danse entre fragilité et force, entre éphémère et éternel.