La ville pour toile, les mots pour armes, avec Petite Poissone
« La rue est juste un support qui permet d’être proche des gens. »
www.petitepoissone.comParce qu’il sait s’inviter là où on ne l’attend pas, le street-art habille les rues pour enchanter notre quotidien.
Grenoble fait partie des villes précurseurs en la matière, avec son festival consacré, fondé il y a onze ans déjà. Hasard du calendrier, peu de temps auparavant, la Grenobloise d’adoption Petite Poissone posait ses premiers textes dans le centre-ville. D’année en année, elle a investi l’espace public et gagné les faveurs des spectateurs.
On a voulu rencontrer celle qui, avec des formules qui font mouche, convoque avec humour nos petits traumas ou nos chagrins d’amour…
Une artiste urbaine féministe
On peut la croiser sans le savoir. Perchée sur de hauts talons, arborant un rouge à lèvres carmin qui tranche avec ses cheveux noirs profonds, opérant avec rapidité et précision : d’abord elle sort de son tote-bag une large bande de plastique blanc. Sous ses doigts agiles, la feuille se décolle doucement en deux parties égales, et déjà apparaissent les premières lettres, appliquées ensuite délicatement, aujourd’hui sur une trappe métallique. Le tour est joué !
À rebours des codes du genre, Petite Poissone brise les clichés sur les artistes de rue. Plus féminine que ghetto, elle est surtout une poétesse revendiquée féministe. Elle souhaite faire entendre les combats qui l’animent, mais aime aussi faire sourire et surprendre, tourner et détourner en dérision ses tracas par des aphorismes irrésistibles. Elle nous le confie : « La rue est juste un support qui permet d’être proche des gens ». Une part d’intime dévoilé qu’elle développe, mais qui résonne en chacun·es, car génialement mis en mots pour devenir de véritables crédos.
Des stickers aux fresques, un succès rapide
« Nous n’irons plus jamais, où tu m’as dit ta gueule » : c’est avec cette phrase choc qu’elle signait son entrée dans la rue, frappant un grand coup dans nos cœurs ! S’en suivirent des dizaines d’autres, souvent ici, puis ailleurs, succès aidant. Les tous petits autocollants posés sur des boites aux lettres sont parfois devenus de grandes fresques, commandées par des institutions. Avec cette reconnaissance rapide, de nombreux projets d’ateliers, ou d’expositions dans des galeries sont advenus.
Petite, rien ne la prédestinait à une carrière artistique, à part peut-être sa passion précoce pour la BD, initiée par son oncle collectionneur. Quelques années plus tard, elle est désormais artiste à plein temps, et distille sa mélancolie maline et percutante partout en France.