La Casamaures, un palais oriental sur les rives de l’Isère
« La Casamaures est un palimpseste. J’aime tellement ce côté lapidaire qui imprègne les lieux. »
casamaures.orgCe monument historique dresse son architecture insolite comme un petit palais d’Orient parmi des jardins luxuriants semés d’œuvres d’art. Ouverte aux visites, la Casamaures témoigne aussi de l’épopée du ciment moulé, cet « or gris » inventé par Louis Vicat, qui a façonné le Grenoble du XIXe siècle.
Rencontre avec Christiane Guichard, tenante des lieux depuis 45 ans.
Ses colonnades d’ocre, ses moulures d’arabesques et ses arcs outrepassés détonnent aux portes de Grenoble.
Par son exotisme décalé, la Casamaures se voit de loin.
D’un peu plus près, la vaste demeure, toute de pierre factice, raconte l’histoire d’une double passion. Celle de son constructeur Joseph Jullien dit Cochard, un bâtisseur fou d’Orient, qui laissera sa fortune et sa santé dans ce projet démarré au mitan du XIXe siècle. La passion aussi de Christiane Guichard, lorsqu’élève des beaux-arts en 1981, elle s’amouracha des moucharabiehs de cette « bicoque » menaçant ruine.
Elle choisira d’y vivre :
Ce n’était pas prévu,
mais ma vie est pavée d’imprévus.
Un jardin de sculptures
Christine Guichard s’est battue contre l’appétit des promoteurs et l’indifférence politique à l’époque pour faire classer en monument historique cette merveille d’architecture en ciment moulé cinq ans plus tard, première maison du XIXe siècle classée en France. « Avant même l’arrivée des artisans pour sa restauration, j’avais commencé à boucher, à colmater des fissures », s’émeut-elle encore.
Elle s’est appliquée aussi à raviver d’un bleu outremer une partie des façades et les éléments décoratifs du jardin, où ses propres sculptures – une centaine de mains qui disent en langue des signes, des visages qui rêvent – dialoguent avec l’exubérance végétale. « La Casamaures est un palimpseste. J’aime tellement ce côté lapidaire qui imprègne les lieux. »
L’invitation au voyage
La terrasse au magnolia (170 ans) vit à l’heure solaire. Une dizaine de cadrans, réalisés par l’atelier Tournesol ici hébergé, rappellent le temps que l’astre accorde au visiteur. La Casamaures resplendit d’or et d’ambre aux deux extrémités du jour. Sous les fenêtres de verres polychromes, on retient son souffle. Derrière la porte du jardin d’hiver, c’est l’invitation au voyage : Constantinople, les lumières du Bosphore, les résidences d’été en bois.
Le jardin d'hiver
Une capsule temporelle de 9 mètres de hauteur sous plafond, dallée d’étoiles tricolores s’accordant aux larges vitraux, débordant de plantes qui jaillissent des parterres quand elles ne sont pas suspendues. Cabinets de curiosités, portraits aux murs (fissurés). Devant les vieilles photos sépia, Christine Guichard, manteau bleu, donne à manger aux poissons rouges qui animent le bassin octogonal en marbre blanc.
L’histoire continue
Par cette vaste pièce, un monde en soi, on se dirige vers une succession de petits salons décorés de papiers peints à la main. Un oiseau tricolore domine un paradisier jaune.
« Ça raconte notre histoire là-bas », sourit Christine Guichard.
Des livres s’endorment sur les fauteuils. On découvre le Journal de Pierre Loti. On songe à Gérard de Nerval, à Blaise Cendrars, à Prosper Mérimée…
L’Oasis bleue
L’histoire de la Casamaures s’écrit aussi à ses pieds. Le nouveau chapitre s’appelle L’Oasis bleue. C’est un terrain de galets en cours d’aménagement, et son héros s’appelle Princess Tree : un arbre qui verse ses larges feuilles en forme de cœur et ses grappes de fleurs d’un mauve intense au printemps.
Accueillir des artistes
Mutilé par l’histoire mouvante du site, mais toujours debout, ce paulownia impérial incarne la résilience de la Casamaures tout entière. Il s’élève aussi en totem d’un projet artistique. Sur ces 1817 m2, l’association La Casamaures d’hier et d’aujourd’hui accueille des ateliers de plasticiens. La sculptrice polonaise Pschema Karolak vient d’ouvrir le bal en créant une peuplade de Géants et de Sages en ciment patiné.
Il a fallu beaucoup d’énergie à Christiane Guichard pour sauver le site de la destruction et le restaurer. Il lui en faudra encore pour transformer l’endroit en théâtre de verdure, où les artistes pourront s’inspirer de la magie des lieux. Un appel à soutien est en cours pour la Casamaures, plus vivante que jamais.