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La Pierre Percée, un mythe en Matheysine
À 1 220 mètres d’altitude sur le plateau de la Matheysine, la Pierre Percée domine le paysage comme un arc de triomphe naturel.
Classée parmi les Sept Merveilles du Dauphiné, cette arche sculptée par des millions d’années d’érosion fascine autant par sa géologie que par ses légendes. La légende la plus connue mêle personnages fantastiques et le Duc de Lesdiguières : un démon pétrifié, un pari avec le Diable, et une colline de Matheysine comme terrain de jeu.
Plongée dans l’histoire, l’origine et les mystères d’un site naturel exceptionnel, à 2 pas des lacs de Laffrey et de l’Obiou.
Il y a, en toutes saisons, une lumière particulière qui baigne le plateau matheysin. Sans doute façonnée par la diversité des éléments qui s’y rassemblent : l’eau bleue des lacs, les vastes prairies alpines qui s’y mirent, les tapis de forêts suspendus à ses pentes, et tout cet espace qui s’étend d’un massif à l’autre, entre le Thabor à l’est, le Dévoluy au sud et la longue muraille dentelée du Vercors au couchant.
Même au plus gris des jours d’hiver perce un éclat aigu comme du silex, un fragment de lumière brute qui contrarie les brumes.
Et c’est sans doute depuis le belvédère de la Pierre Percée que l’on saisit mieux tout ce qui se joue ici.
Elle est l’une des sept merveilles du Dauphiné. Entre les montagnes et les lacs de la Matheysine, cette curiosité géologique enjambe de magnifiques paysages. Et fait encore courir bien des légendes.
Plusieurs chemins possibles
Discrète dans le tableau, l’énigme géologique reste pourtant facile à conquérir.
4 ou 5 chemins mènent à son arche, accrochée à la colline des Creys qui domine le village de La Motte-d’Aveillans.
On peut atteindre La Pierre Percée par le nord depuis Saint-Théoffrey, sur un sentier essentiellement forestier, dominé par des hêtres noueux. De Pierre-Châtel par l’est, la montée s’effectue selon plusieurs variantes, entre bosquets et prés.
Nous avons choisi ce jour-là l’itinéraire le plus classique, par le bois communal de La Motte-d’Aveillans, indiqué par plusieurs panneaux dès l’entrée dans le bourg depuis La Mure.
Balade facile dans des ambiances variées
Dès le départ, le site offre une vue saisissante sur le Connex. Cette montagne emblématique de la Matheysine se couvre en octobre d’un patchwork de couleurs flamboyantes. Le large chemin convient à tous les marcheurs, ainsi qu’aux vététistes. Il sinue entre des boisements variés, dont une forêt de hauts noisetiers, ceux-là mêmes qui ont peut-être donné son nom à la commune. Les avelines, l’autre appellation des noisettes, figurent sur son blason.
Le sentier se poursuit à ciel ouvert au bout d’une trentaine de minutes. La Pierre Percée tarde à apparaître, mais déjà les lieux posent le décor : plateaux, combes, forêts et sommets. Au sud-ouest, la silhouette verticale du mont Aiguille se dresse comme la proue d’un navire. Deux merveilles du Dauphiné se hèlent.
Légende pétrifiante
Le temps de saluer quelques vaches en fin d’estive, et voilà l’arche de calcaire qui surgit devant nous.
Une incongruité solitaire qui fait d’abord sourire quand on la voit pour la première fois, elle n’est pas si grande, elle est toute tordue, puis qui interroge au fur et à mesure qu’on s’en approche.
Par son mouvement cagneux, la Pierre Percée s’offre à toutes les interprétations : dragon surpris par un orage de neige, sorcière accroupie sur sa marmite, lieu de culte pour une communauté de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, poignée d’un couvercle géant cachant plusieurs légendes ?
Le Duc, le Diable et son apprenti
On en fait tout le tour, on passe sous son arche d’un côté, puis de l’autre, et à chaque pas, la forme distordue de la Pierre Percée nous suggère une nouvelle histoire.
L’officielle réunit le Duc de Lesdiguières et le Diable autour d’un pacte. Un jour, le seigneur du château de Vizille confia à Satan la tâche de clore son vaste domaine de chasse, le plus rapidement possible, avant qu’il n’en ait fait lui-même le tour à cheval.
Si le Diable réussissait son pari, le Duc s’engageait à lui confier son âme. Le Diable recruta son meilleur apprenti maçon, Folaton. Mais au moment où celui-ci posait la dernière pierre, le Duc, d’une ruade prodigieuse, franchit la muraille, brisant ainsi le pacte.
Le diablotin vaincu fut expédié par son maître d’un coup de pied rageur et atterrit ici, la tête dans le sol, dans cette fâcheuse posture.
« La légende officielle réunit le Duc de Lesdiguières et le Diable autour d’un pacte. »
Monument fragile
Folaton est-il pétrifié pour l’éternité ? Rien n’est moins sûr.
La Pierre Percée a déjà subi quelques réparations. Sa roche, un calcaire altéré, résiste moins qu’une autre aux effets de l’érosion.
Le gel à pierre fendre, les soleils brûlants et les longues pluies aux équinoxes l’ont sculptée ainsi, dans sa poésie fragile, d’une main de hasard. Ou pas.
Il se dit chez certains géologues que le monument a été bâti de toutes pièces, probablement à partir d’éléments du gisement de cargneule qui affleure sur le flanc est de la colline.
Une destination magique
L’hypothèse scientifique ne saurait gâcher la magie de l’endroit.
Surtout dans la lumière du soir, quand le soleil fait rosir les montagnes que ses derniers rayons caressent. La Pierre Percée se mue alors en un observatoire mystique sur le monde qui l’entoure.
Par son œil grand ouvert, le paysage change de dimension. La pyramide de l’Obiou, lointaine à midi, s’impose maintenant, vigie pourpre dans un cadre somptueux.
Le vent qui passe murmure un chant indéchiffrable. Tous les mystères de la pierre ne seront jamais percés.