Le cyclisme au féminin
Aurélie Poinard a débuté le cyclisme sur route il y a une quinzaine d’années. À l’époque, la pratique était quasi exclusivement masculine. Depuis quelques années et le retour du Tour de France féminin, elle séduit de plus en plus de femmes.
À sa manière, Aurélie est devenue une ambassadrice de ce sport en Isère, dans sa version amateur et féminine.
Rien ne prédestinait la jeune Aurélie à devenir une passionnée de vélo, même si elle a grandi sur les terres de L’Ardéchoise et distribué des bidons aux coureurs de cette fameuse course cycliste.
« C’est un sport qui ne me semblait vraiment pas facile, raconte-t-elle. D’autant plus que je n’avais pas de modèle féminin. »
C’est en arrivant à Grenoble pour ses études qu’elle découvre le cyclisme sur route. Désireuse de sillonner la campagne avec son conjoint, elle dégotte un vieux vélo de route et se teste d’emblée sur la montée du Mûrier et des Quatre Seigneurs, au-dessus de Gières. « Contre toute attente, je suis arrivée en haut. Cela a été une révélation. Dès lors, je n’ai plus arrêté. »
Et cette exigeante montée, située à deux pas de chez elle, reste un de ces terrains de jeu favori.
Sillonner les paysages de l’Isère
Si cette discipline permet à Aurélie de satisfaire son besoin fondamental d’être en pleine nature, elle lui offre une sensation nouvelle de liberté.
« À vélo, on a la vitesse idéale pour découvrir un territoire. En quelques heures, on peut traverser moult paysages, surtout en Isère. Depuis Grenoble, il est par exemple possible de suivre la voie verte du Grésivaudan qui longe l’Isère , puis de mettre le clignotant à droite pour récupérer les balcons de Belledonne qui sillonnent les alpages, avant de rejoindre Allevard et ses collines. Ensuite, il suffit de traverser la vallée et de remonter au col du Granier pour déboucher au cœur de la Chartreuse. Là, on se retrouve au cœur d’une montagne sauvage, dominée par d’imposants sommets. »
Très vite, Aurélie décide donc de s’équiper et de rejoindre le club des Coratins de Grenoble, qui lui met le pied à l’étrier. « Même si l’environnement était 100 % masculin, je me suis tout de suite sentie bien dans ce cadre familial et bienveillant. »
Ces amateurs l’accompagnent sur ses premiers challenges : sa première montée sur le plateau du Vercors par Saint-Nizier-du-Moucherotte, son premier 100 km et surtout son premier voyage entre Grenoble et Nice, au cours duquel elle découvre la longue distance, apprend véritablement à rouler en groupe « sans bousculer son voisin » et mesure l’importance de « bien manger, bien boire, bien gérer son effort ».
Aller plus haut, plus loin, plus fort… mais ensemble !
Petit à petit, Aurélie délaisse le cyclotourisme pour s’orienter vers une pratique de performance.
La première fois qu’elle s’aligne sur une cyclosportive, c’est sur la Gassin-Saint-Tropez (Var). Pour l’occasion, elle est accompagnée d’un acolyte d’expérience, qui la conseille à chaque moment clé de la course. Le résultat est suffisamment motivant pour lui donner envie de prendre d’autres départs…
Cet été encore, elle concourra sur La Marmotte, légendaire cyclosportive, une épreuve emblématique pour elle qui apprécie tout particulièrement les cyclosportives de montagne, combinant la distance et le dénivelé.
Ainsi, malgré un emploi à temps plein et une vie de famille bien remplie, Aurélie se prépare tout au long de l’année, y compris l’hiver.
« S’il m’arrive de m’entraîner seule, j’ai horreur d’être dans ma bulle, confie-t-elle. Je fais du vélo pour le partage. Que ce soit avec mon conjoint, avec des amis ou avec d’autres femmes. »
Les liens qu’elle tisse autour du vélo donnent une forte valeur ajoutée à sa pratique. Chez elle, est d’ailleurs affiché le mantra : « Seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin. »
Promouvoir le cyclisme féminin
Il y a trois ans, elle intègre une équipe féminine amateur, créée par Hutchinson et l’association Femme & Cycliste (aujourd’hui SheRides), qui prépare une douzaine de femmes à l’Étape du Tour 2023 entre Annemasse et Morzine.
Au travers de cette expérience, Aurélie prend conscience de l’importance des valeurs portées par le cyclisme féminin. Depuis, elle est davantage engagée sur le sujet, notamment sur les réseaux sociaux où elle se révèle un modèle pour d’autres mamans, mais pas que.
En 2026, elle fait partie de la team ALPES ISHERE , aux côtés de 5 autres femmes, qui grimpe le col « fermé » de l’Arzelier, à l’occasion des Échappées iséroises L’occasion d’inviter toutes celles qui le souhaitent à se joindre à l’aventure !
Le cyclisme, en particulier le cyclotourisme, le gravel et le bike-packing, rencontrant désormais un certain succès auprès des femmes, les marques ont développé tout un panel de matériel adapté à leur morphologie : des cuissards avec des bretelles qui se déclipsent, des chaussures de petites pointures, des casques laissant passer les couettes … et surtout des selles adaptées à des bassins plus larges et ayant un impact moindre sur le périnée. « Quand j’ai commencé, tout cela n’existait pas, s’amuse Aurélie. Je portais un cycliste qui m’arrivait aux genoux et un maillot qui flottait ! »
S’il reste des freins à la pratique féminine, ils sont de moins en moins nombreux. Même la mécanique ne fait plus peur, grâce aux nombreux tutos en ligne et aux ateliers coopératifs proposés en ville.
« Il faut simplement que les femmes osent, encourage Aurélie. Le plus important est qu’elles trouvent quelqu’un qui les mette sur la bonne voie. Pour cela, je les invite à se rapprocher des groupes locaux. De plus en plus de clubs ont des sections féminines, comme le C2S à Seyssinet et Seyssins. Ensuite, il est important pour les femmes de rouler avec des groupes de leur niveau, afin qu’elles ne se mettent pas la pression et qu’elles n’aient pas le sentiment de toujours faire attendre les autres. Les groupes féminins sont souvent plus homogènes en termes de vitesse et de puissance. »
Reste à donner le premier coup de pédale…