Saint-Laurent, un village dans la ville
C’est ici, sur les quais de l’Isère, que l’histoire de Grenoble a commencé. Et c’est par là que l’âme secrète de la ville se concentre, entre façades multicolores, fortifications, restaurants odorants, échoppes alternatives et galeries d’art.
Sur les rivages historiques de Grenoble, le quartier Saint-Laurent se prête à la flânerie rêveuse autant qu’au titillement des sens et de l’esprit. Temps idéal pour partir à sa découverte : un lumineux après-midi de fin d’automne, au décor rehaussé par les premières neiges sur la chaîne de Belledonne.
Un quartier par la porte ou par les ponts
Sur les quais
Le quartier Saint-Laurent se laisse aborder de différentes manières. En redescendant à pied de la Bastille par la montée de Chalemont, ou bien par la porte Saint-Laurent, rare vestige de l’enceinte militaire Lesdiguières, ou encore en enjambant l’Isère par l’un des ponts qui le tiennent au centre-ville de Grenoble
C’est par le pont Marius-Gontard tout près des fameuses « Bulles » du téléphérique que nous avons choisi de démarrer notre balade, en profitant d’une vue large des quais, des édifices pittoresques jusqu’aux murailles enneigées de la vallée.
Ambiance romantique…
La rumeur puissante du courant de l’Isère, à cette période de l’année, contraste avec l’ambiance paisible, presque confidentielle, que l’on goûte de l’autre côté du pont. Les réaménagements successifs du quartier ont insisté sur la valorisation de son patrimoine bâti. La place des piétons est désormais privilégiée. On s’emmitoufle un peu, on se parle à mi-voix. Les branches des saules, maintenant effeuillées, versent une larme de romantisme sur le tableau.
Des bancs, des tables, des bains de soleil, installés sur les gradins en pierre qui descendent vers la rivière, invitent à laisser le temps couler devant soi.
… Et parfum d’Italie
Du blanc à l’orangé en passant par tous les dégradés d’ocre et de jaune : frappées d’un généreux soleil, les façades colorées des vieux bâtiments font penser à l’Italie. È vero : au moment de l’essor industriel de Grenoble, à la fin du XIXe siècle, le quartier Saint-Laurent a accueilli de nombreuses familles venues de l’autre côté des Alpes, et même de tout en bas de l’Italie. Le parfum convivial des pizzas s’échappe encore, vers midi et le soir, du long chapelet de restaurants bordant le quai Perrière.
La montée Chalemont
Un doux dédale végétal et minéral
C’est place de la Cymaise que se nouent les plaisirs de la déambulation. Un grand café accueille les passants sur sa terrasse plantée d’arbres ou entre ses murs décorés façon pub irlandais. La Fontaine au Lion, œuvre du sculpteur Sappey, évoque la lutte entre les deux rivières de Grenoble : l’Isère, ses méandres représentés par le serpent, et l’impétuosité du Drac, que le félin aux yeux féroces incarne.
D’ici, on acceptera l’invitation des escaliers menant vers la montée de Chalemont : un doux dédale entre le végétal et le minéral, un court effort entre les jardins et l’histoire, récompensé par des points de vue admirables sur les toits de la vieille ville. L’occasion aussi de saisir le dessin des ombres que les arbres projettent sur la toile des murs jaunis. Toiles changeantes, toujours recommencées. On comprend dès lors pourquoi le quartier Saint-Laurent inspire les artistes.
Quartier au tissu dense
Car des créateurs, ici, il y en a. Cœur artisanal du quartier, la rue Saint-Laurent fourmille d’échoppes et de boutiques sur ses 400 mètres.
Entre deux ateliers de poterie (Kaolin et PoPiPo) et une galerie (Alter-Art), on admire les splendides kimonos en tissu jacquart de Catherine Valentin, on farfouille dans les rayons chatoyants de la friperie d’Angèle et Laurie…
« Ce quartier est vivant, ça bouge tout le temps, c’est pour ça que je l’aime », confie Abel depuis sa fenêtre. Il habite ici depuis trente ans.
Douceur de vivre
Un esprit festif et musical
Le cours de l’histoire de la rue Saint-Laurent n’a guère varié. Dès l’époque gallo-romaine s’est développé un tissu commerçant autour du prieuré. Depuis une cinquantaine d’années, le quartier organise sa vaste braderie, le premier dimanche de chaque saison. Cet esprit festif redouble les soirs de concerts au Café des Arts. Tiens ! Des notes de piano jazz filtrent justement par les volets cet après-midi-là. On répète pour le dîner-spectacle du soir. D’autres restaurants émaillent la rue, dont l’un des plus anciens de Grenoble, À Confesse et son entrée en clin d’œil à l’ancienne église du quartier, réaménagée en musée archéologique.
Un appartement a accueilli Jean-Jacques Rousseau
Le soleil s’incline et la lumière cède aux ombres. De vastes demeures aux murs griffés de vigne vierge ont déjà fermé leurs volets. Le quartier Saint-Laurent est un théâtre pour philosopher et Jean-Jacques Rousseau le savait : au numéro 52, un appartement a accueilli en 1768 le promeneur solitaire.
La rue débouche enfin sur la porte Saint-Laurent et ses vantaux en bois d’époque (1615 !), attenante aux casemates qui hébergent aujourd’hui le Centre Culturel, Scientifique et Technique de l’Isère. On y vient pour comprendre, tester, bidouiller, fabriquer… À la manière de Xavier Jouvin, artisan ingénieux, dont la statue érigée au cœur du quartier rappelle qu’il fut sa personnalité phare.
C’était au temps des ganteries grenobloises et il en était le chef de file. Inventeur d’un emporte-pièce qui accéléra le développement de l’industrie du gant, la fameuse « main de fer ». Dans un quartier de velours.
Palettes d’ombres et de couleurs