L’ascension du Saint-Eynard, bastion de sensations fortes
Une randonnée sans voiture depuis Grenoble jusqu’en Chartreuse, vers un site chargé d’histoire et offrant un panorama inoubliable sur les Alpes jusqu’au Mont-Blanc ? C’est possible ! Ancienne place militaire en visite libre, le fort du Saint-Eynard garde un trésor d’impressions vertigineuses, à quelques pas de la ville.
S’il est possible d’accéder au fort par la jolie route forestière au-dessus du Sappey-en-Chartreuse, le sentier pédestre depuis le col de Vence prodigue les plus vives sensations.
Ce chemin ne présente pas de difficultés particulières pour les marcheurs rompus à la randonnée en moyenne montagne : on avale en une heure et demie les 600 mètres de dénivelé positif d’un pas tranquille jusqu’aux soubassements du fort. Depuis Grenoble, les lignes de bus 41 et 42 nous déposent tout près du point de départ : c’est sans voiture que nous voyagerons aujourd’hui.
Des fleurs à l’ombre des grands arbres
Ce chemin est d’autant plus agréable qu’il sinue, large puis un peu plus étroit, dans une végétation arborée qui évolue au fil des pas. Le promeneur entre d’abord sous la voûte des grands hêtres, que ce mois d’octobre fait rougir indécemment. Aux endroits les plus éclairés, le chêne pédonculé s’impose. Plus haut, les conifères prennent le relais : les pins sylvestres là où le soleil pénètre, les sapins blancs dans les secteurs plus à l’ombre.
Des panoramas en cascade
À chaque virage en versant sud, le chemin s’évase et débouche sur une vue imprenable sur Grenoble et ses montagnes. On en a le souffle coupé et ce n’est pas à cause de l’effort. Chaque pallier élargit un peu plus le panorama.
La tour Perret
Du rondouillard mont Rachais tout à droite, l’œil glisse vers la Bastille et ses « Bulles » en-dessous puis s’amuse à reconnaître les quartiers de la ville et ses grandes artères. Ce matin-là, la brume d’automne recouvrait encore en partie Grenoble, dévoilant à peine le sommet de ses plus hauts édifices : les trois tours de l’Île-Verte et la tour Perret du parc Paul-Mistral, comme les proues de bateaux fantômes.
Vues imprenables sur la ville et les montagnes
Autour de ce vaste océan urbain, les montagnes tressent de vertigineuses falaises. Toute la bordure orientale du Vercors se dresse jusqu’au Mont-Aiguille. L’Obiou et le Dévoluy, au-delà des dômes de la Matheysine, ornent les perspectives les plus méridionales.
Ce sont surtout les crêtes du Taillefer et de la chaîne de Belledonne qui trônent en majesté. Leurs sommets parfaitement découpés semblent à portée de mains, surtout dans l’amicale lumière du soir.
Les teintes orangées du crépuscule créent une impression de communion entre le promeneur et ces montagnes qu’une première neige vient d’encapuchonner.
Le Mont-Blanc, cerise sur le gâteau
Après un passage plus aérien, le sentier débouche enfin sur les murailles militaires, souvent ventées comme ce matin-là. Les différentiels de températures avec le camp de base peuvent être importants aux intersaisons. La petite laine au fond du sac n’est donc pas de trop. Mais la vue réchauffe : depuis le glacis, le panorama s’étend maintenant jusqu’au fond de la vallée du Grésivaudan où le serpent de l’Isère fait miroiter ses écailles.
Sur la crinière de sapins de la Chartreuse semble veiller un visage rosé, comme attendri. C’est le sommet du Mont-Blanc, visible par temps clair, qui récompense le randonneur de ses efforts !
Ceinture fortifiée de Grenoble
Il faut l’avoir sous le nez pour constater qu’il existe bel et bien. Invisible depuis la Chartreuse, le fort du Saint-Eynard s’étire en polygone sur le rebord calcaire de la barre du même nom.
Construit au XIXe siècle pour se protéger des souverains de Savoie passant par l’intérieur du massif, il appartient à la ceinture fortifiée de Grenoble,
à l’instar de six autres forts, dont ceux du Mûrier et de Comboire. Des casemates voûtées, maintenant aménagées en petit musée militaire, s’ouvrent sur une large esplanade bordant la falaise. Elles sont protégées de l’autre côté par un vaste fossé creusé dans la montagne et défendues par des postes d’artillerie en surplomb.
Un gratin dauphinois inoubliable
Ouvert aux beaux jours, un restaurant va combler nos estomacs creusés par les efforts et les frimas. Dans un décor typiquement alpin (nappes à petits carreaux rouges, chaises en bois d’époque, trophées de chasse…), on sert ici l’un des meilleurs gratins dauphinois de toute la région.
Avec quelques degrés de plus, nous aurions pu le savourer sur la terrasse, survolée par des escadrons de chocards à bec jaune. Un goût de revenez-y.
La vie quotidienne des soldats
Après ce coup de fusil, on peut encore se diriger à l’est des fortifications, par un sentier creusé dans la roche. Un long balcon permet d’embrasser le panorama exceptionnel.
L’heure et la météo révèlent d’infinies nuances de couleurs, de contrastes et d’ambiances. Conseillé aussi pour satisfaire son appétit d’histoire, le musée nous plonge dans la vie quotidienne des patients soldats : leurs chambrées, la cuisine, l’infirmerie, la prison ou encore les télétransmissions sont restituées avec les costumes et les objets d’époque.
La redescente peut s’effectuer par le même chemin ou bien par celui qui coupe, versant nord, la forêt du Sappey jusqu’au hameau des Pillonnières. Peut-être entendrez-vous alors dans la pénombre d’un soir d’octobre le long cri déchirant d’un cerf amoureux. Le dernier capitaine du fort.
En pratique
Fort du Saint-Eynard38700 Saint-Pierre-de-Chartreuse
Tél. 04 76 85 25 24 fortsteynard.com